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samedi 7 décembre 2013

Maroc : la corruption n’est pas une fatalité


Le Maroc perd cette année quatre points dans l’Indice de la perception de la corruption (IPC), rendu public, par Transparency International. Avec la même note que l’année dernière à savoir 37 sur 100 points, le pays est passé du rang 87 en 2012 à 91 cette année. Bien que le nombre de pays évalués cette année soit passé de 176 en 2012 à 177, soit un pays de plus que l’année dernière, le dernier classement de notre pays par Transparency International montre que le Maroc continue de régresser d’année en année dans le classement de la perception de lutte contre la corruption.



S’agissant du gouvernement, celui n’a pas jusqu’à présent mis en place une stratégie claire et conséquente pour la lutte contre ce fléau. Il y a certes eu des campagnes de sensibilisation à la corruption comme la dernière qui a été engagé par le Ministère de Modernisation des services publics. Mais rester au niveau de la sensibilisation cependant ne sert pas à grand-chose si celle-ci n’est pas accompagnée de mesures concrètes sur le terrain et n’est pas inscrite dans une stratégie plus globale. Inviter par des spots publicitaires les marocains à ne pas « s’adonner à la corruption » est une attitude un peu infantile qui ne prend nullement en considération l’ampleur du phénomène, ainsi que son enracinement malheureusement dans la société marocaine.Cette situation interpelle certes le gouvernement en charge des affaires publiques mais aussi l’Instance Centrale de Prévention de la Corruption (l’IPCPC) organisme chargé de « prévenir la corruption » dans notre pays.
Au lieu d’engager une « campagne de sensibilisation » le gouvernement aurait été bien inspiré d’engager un travail de fond qui consisterait par exemple à conduire les actions suivantes :
- simplifier et normaliser les circuits et les procédures administratives et les rendre plus transparentes,
- inviter par voie réglementaires les administrations à répondre dans un délai précis et motiver leurs actions de refus ;
- développer l’utilisation de l’outil informatique dans le traitement des dossiers et éliminer autant que possible l’intervention humaine ;
- revoir les textes et procédures de passation des marchés et commandes de l’état, des collectivités locales et des établissements publics pour plus de transparence notamment dans l’établissement des cahiers des charges ,dans le traitement des concourants ;
- revoir les procédures d’engagement, de liquidation et de paiement des dépenses de l’état, des collectivités territoriales et des établissements publics.
 D’autres actions de préventions peuvent aussi être menées par les départements concernés pour en priorité éviter l’intervention humaine autant que possible ex : en matière de sécurité routière, voir la possibilité de faire disparaitre les agents verbalisateurs qui arnaquent souvent des automobilistes désarmés (police et gendarmerie) au profit de radars fixes. Activer aussi, les organismes de contrôle notamment les inspections générales dépendant des ministères en les dotant de structures étoffées. Et enfin en finir avec un certain" laxisme ambiant" dans le traitement notamment par la justice des affaires de corruption.
Il ne s'agit pas pour moi de faire une liste des actions à entreprendre , mais de montrer que des pistes existent et la mise en œuvre d’actions conséquentes ne requiert qu'un volontarisme politique du gouvernement.
 En effet, la corruption dénoncée presque quotidiennement par la presse nationale constitue un frein au développement économique et social du pays et à l’état de droit. Elle frappe indistinctement les plus faibles pour des accès aux soins dans les hôpitaux publics par exemple que des opérateurs économiques. Nos partenaires commerciaux notamment l’Union Européenne qui ont mis à la disposition de notre pays des dons et des lignes de crédits pour une meilleure gouvernance et une meilleure transparence doivent attendre de notre pays des actions conséquentes au lieu et place de ces campagnes de sensibilisation.
 Si le rôle du gouvernement dans la lutte contre la corruption doit être redéfini pour plus de vigueur dans la lutte contre ce fléau ; quid de l’ICPC  l’Instance Centrale de Prévention de la Corruption ?
Malheureusement, cette dernière créé en 2007 et rattachée au chef du gouvernement et qui devait être le fer de lance d’une politique de lutte contre la corruption, au lieu d’être une administration de mission avec des structures légères et efficientes est devenue une sorte « d’usine à gaz » avec une lourde organisation administrative plus capable de rédiger des rapports, de réaliser des études, d’organiser des réunions et de participer à des conférences internationales que de proposer et de veiller à la mise en œuvre d’ actions concrètes sur le terrain.
En outre, un projet de texte en cours d’élaboration est susceptible de rendre cette structure encore plus lourde. Car à côté de la proposition de mesures de lutte contre la corruption et l’évaluation des actions étatiques dans ce domaine, elle va être appelée à la réalisation des investigations et des constatations d’actes délictueux en matière de corruption ce qui va l'éloigner de sa fonction premiére à savoir : la prévention.
 A l’occasion de la célébration de la journée mondiale de lutte contre la corruption le 9 de ce mois nous avons assisté à une fuite en avant, tant du chef de gouvernement islamiste du PJD qui a reconnu le déclassement du pays en matière de corruption comme une fatalité que du directeur de l’ICPC qui a avancé qu’il ne s’agit nullement d’un déclassement puisque le pays a gardé la même note que l’année dernière. Il propose à cet effet une énième étude sur la corruption dans le pays avec le commissariat au plan.
NB : cet article qui a été actualisé a été publié sur mon blog et repris sur le site marocain Lemag.ma sous le titre « Maroc : la corruption n’est pas une fatalité. » 



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