Monsieur le Directeur,
Vous avez envoyé au Maroc
une journaliste d’origine algérienne qui vient d’être renvoyée par les
autorités marocaines et vous criez au scandale. Or, permettez-moi de vous poser
une question de bon sens. Comment une journaliste élevée dans un système où le
Maroc est l’ennemi depuis soixante ans peut-elle couvrir le Maroc avec
impartialité ? Parce que depuis leur indépendance en 1962 obtenue paradoxalement
grâce au soutien massif et sacrificiel du Maroc- les Algériens sont élevés dans
la haine du Maroc. Ainsi, la télévision d’État algérienne termine chaque
journal télévisé du soir par des insultes et des invectives envers le Maroc et
son Roi et les chaînes privées surenchérissent. En Algérie, la moindre parole
positive sur le Maroc est une trahison qui peut conduire son auteur en prison.
Ce n’est pas un préjugé. C’est la triste réalité d’un endoctrinement d’État qui
dure depuis soixante ans. Vous n’étiez pas au courant ? C’est inquiétant pour
un journal d’investigation.
Et ne me dites pas que
cette journaliste fait exception. Peut-être. Mais un doute élémentaire aurait
dû vous conduire à envoyer quelqu’un d’autre. C’est cela le professionnalisme.
C’est cela l’impartialité. Pas un vœu pieux- une décision concrète.
Votre journal se targue
de couvrir ce que les autres taisent. Soit. Alors répondez-moi- où sont vos
enquêtes sur le régime algérien ? Car ce régime- que vous traitez avec une
indulgence remarquable est le plus autoritaires de la région. Et les faits sont
là.
Vous n’avez pas signalé
par exemple que Boualem Sansal, a fait de la prison en novembre 2024. Son crime
? Avoir dit des vérités historiques. Vous n’avez pas non plus signalé que Kamel
Daoud- Prix Goncourt 2024, a été condamné par contumace par la justice
algérienne et vit en exil forcé pour la simple raison qu’il a osé parler de la
décennie noir dans un roman car le sujet
est tabou par la loi en Algérie. Deux
des plus grands écrivains algériens contemporains poursuivis par leur propre
régime pour avoir dit la vérité.
Vous n’avez pas rappelé à
vos lecteurs ce qu’a été la décennie noire. Entre 1992 et 2002- un régime
militaire a interrompu par un putsch un processus électoral démocratique. Ce
qui a suivi ? Entre 100 000 et 200 000 morts. Des massacres de villages
entiers. Des milliers de disparus. Et le régime a voté une loi d’impunité pour
que jamais personne ne soit jugé et a interdit par la loi aux algériens d’en
parler. Des mères algériennes cherchent encore aujourd’hui le corps de leurs
enfants. Pas une enquête de Mediapart. Pas un dossier. Rien.
Vous n’avez pas signalé la
frontière fermée. Depuis 1994- trente-deux ans- le régime algérien maintient
fermée la frontière avec le Maroc. Des familles séparées depuis trois
décennies. Un coût économique colossal pour les deux peuples. La frontière la
plus absurde du monde entre deux pays frères. Mediapart a fait une enquête ?
Non.
Vous n’avez pas signalé la
Marche Noire de 1975. Des dizaines de milliers de Marocains expulsés d’Algérie
du jour au lendemain- dépossédés de leurs biens, de leurs maisons, de leur vie
en Algérie ; un pays de naissance pour eux parfois sur plusieurs
générations. Des anciens maquisards ayant participé à la guerre de libération
et leurs descendants n'ont pas été épargnés. Leur seul crime ;porter la
nationalité marocaine Une expulsion massive et brutale que certains historiens
comparent aux pires épisodes de l’histoire coloniale. Mediapart en a-t-il parlé
? Non.
Vous n’avez pas signalé
que le Roi Mohammed VI depuis son accession au trône a toujours tendu la main
au peuple et aux dirigeants. En vain Le 6 novembre 2018 il a dit publiquement
et solennellement : « Dieu m’est témoin que depuis mon accession au Trône, j’ai
appelé avec sincérité et bonne foi à l’ouverture des frontières entre les deux
pays. » Mettre sur la table sans conditions tous les points litigieux entre les
deux pays. Il a proposé de ce fait un mécanisme politique conjoint de dialogue
et de concertation. Réponse du régime algérien ? Un silence méprisant. Pire la rupture par le régime algérien de toutes
les relations y compris humaine entre les deux pays . Vous n’avez pas signalé
cette main tendue. Vous n’avez pas signalé ce refus.
Vous n’avez pas signalé
que pendant que la télévision algérienne insultait le Maroc et son Roi chaque
soir- la télévision marocaine ne répondait pas. Sur instructions royales. Le
Roi lui-même demandait à son peuple de ne pas répondre aux provocations et de
ne pas insulter le peuple algérien. Vingt-cinq ans de retenue et de dignité.
Vingt-cinq ans de main tendue. Vous n’avez pas signalé cela.
Vous n’avez pas signalé
que le régime algérien finance et arme le Polisario depuis cinquante ans-
instrument de partition et de déstabilisation du Maroc- tout en se présentant
comme défenseur du droit à l’autodétermination. Une posture que la Résolution
2797 du Conseil de Sécurité du 31 octobre 2025 a sévèrement ébranlée
Monsieur le Directeur- il y a un fait historique
fondamental que votre journal semble totalement ignorer. L’Algérie a
obtenu son indépendance en 1962 avec le soutien massif et sacrificiel du Maroc.
Ce n’est pas une affirmation marocaine. C’est l’histoire documentée par des sources
arabes et européennes irréfutables.
Oujda était le quartier
général de l’Armée de Libération Nationale. Le Maroc accueillait 150 000
réfugiés algériens. Mohammed V avait convoqué la Conférence de Casablanca de
1961 pour défendre l’intégrité territoriale de l’Algérie. Et le Maroc avait
refusé de négocier ses propres frontières avec la France tant que l’Algérie
n’était pas libre.
Résultat ? Un an après
l’indépendance- en 1963- Boumediene déclenchait la Guerre des Sables contre le
pays qui avait tout sacrifié pour lui. Première manifestation d’une ingratitude
qui dure depuis soixante ans. Même logique. Même système. Chaque année une
nouvelle provocation. Et pendant tout ce temps- le Maroc tend la main.
Ce contraste- entre la
générosité historique du Maroc et l’ingratitude systématique du régime algérien-
voilà un vrai sujet d’investigation pour Mediapart. Si vous avez le courage de
le traiter.
Monsieur le Directeur. Je
viens de terminer un livre qui traite entre autres en détail tout ce que vous
n’avez pas signalé. Il s’intitule « Maroc – Algérie : Résilience face à la
fraternité trahie » et paraître à la rentrée.
La première partie- « La
fraternité du Maroc actée par l’histoire »- documente avec des sources arabes
primaires du XIIIe siècle tout ce que le Maroc a fait pour l’Algérie à travers
les siècles. La Bay’a de Tlemcen en 1830 quand les notables algériens ont
choisi le Sultan du Maroc comme ultime recours. Le Sultan qui a anobli l’Émir
Abdelkader avec le titre d’Émir et l’a soutenu pendant quinze ans en armes, en
argent et en refuge. La bataille d’Isly en 1844 où des centaines de soldats
marocains sont morts pour avoir refusé de trahir Abdelkader. Et Mohammed VI qui
tend la main depuis vingt-cinq ans malgré tout.
Ce que personne ne sait encore- et que
mon ouvrage révèle avec des sources irréfutables- c’est qu’Abdelkader lui-même,
après la bataille d’Isly, a tenté de se retourner contre le Sultan qui lui avait
tout donné profitant de la faiblesse du Maroc après la bataille d’Isly. La
première ingratitude notable de l’histoire maroco-algérienne. Documentée par
l’historien Al-Nasiri au XIXe siècle. Soixante ans plus tard- le schéma se
répète.
La deuxième partie- « La
fraternité trahie »- documente soixante ans de guerre non déclarée du régime
algérien contre le Maroc. La Guerre des Sables de 1963- première manifestation
de l’ingratitude. Le Polisario- instrument de partition et de déstabilisation.
La Marche Noire. La frontière fermée depuis trente-deux ans. La guerre
médiatique quotidienne. Sansal et Daoud- ou la vérité confisquée. Et la rupture
diplomatique de 2021- acte final d’une dégradation programmée.
La troisième partie- «
Maroc : la résilience »- montre comment le Maroc a répondu à toute cette
trahison non pas par la haine symétrique mais par la construction, la
diplomatie et la patience stratégique. La Marche Verte. Le développement
économique des Provinces du Sud. La résolution 2797 du 31 octobre 2025-
victoire diplomatique historique. Et les Lions de l’Atlas qui honorent leur
pays sur tous les terrains du monde.
Cet ouvrage existe
Monsieur le Directeur. Il est documenté. Il dit tout ce que vous n’avez pas
signalé. Je vous invite à le lire et le faire lire par vos journalistes
concernés avant de vous aligner par idiologie à un régime qui ne le mérite
nullement.
Monsieur le Directeur-
le vrai sujet n’est pas le renvoi d’une journaliste du Maroc. Le vrai sujet
c’est votre deux poids deux mesures systématique. Le Maroc- qui progresse, qui
réforme, qui tend la main- soumis à votre loupe critique permanente. L’Algérie-
qui emprisonne ses écrivains, qui maintient une frontière fermée depuis
trente-deux ans, qui n’a jamais établi les responsabilités de sa décennie noire-
bénéficiant de votre indulgence remarquable.
Ce que vous faites
s’appelle un biais idéologique. Vous avez le droit d’avoir vos sympathies. Mais
pas au nom du journalisme d’investigation indépendant. Ces deux choses sont
incompatibles.
Le Maroc n’est pas
parfait. Aucun pays ne l’est. Signalez ses erreurs- c’est votre rôle. Mais
jugez-le avec les mêmes étalons que vous appliquez à ses voisins. Ni plus
sévèrement. Ni moins. Simplement avec la même rigueur que vous prétendez
appliquer à tout le monde.
Je vous adresse cette
lettre publiquement- parce que les questions publiques méritent des réponses
publiques. J’attends la vôtre
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